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Edito




ZAHO : une âme sensible derrière les mots...
Emma PEEL Par Emma PEEL


ZahoArmée d'un son alliant musique arabe, hip hop et R&B, Zaho débarque avec "Dima", son premier album. La chanteuse canadienne d'origine algérienne revient pour nous sur ce disque et aborde ses collaborations avec Tunisiano et Soprano.

Dans quel état d'esprit es-tu après la sortie de ton disque ?
J'ai attendu tellement longtemps. Cela a été un travail de longue haleine. Rien n'a été fait au hasard. J'avais vraiment hâte que la date fatidique arrive.

Tu as pris pas mal de temps pour sortir cet album, tu as mis du temps à le perfectionner. Voulais-tu être sûre du résultat ?
Oui, mais ce n'est pas pour cette raison que j'ai mis du temps à sortir mon disque. En fait, je voulais trouver la bonne équipe qui comprenne vraiment mon style musical et qui n'essaye pas de me dénaturer et me faire ressembler à quelque chose qui existe déjà. Il fallait aussi que cette équipe sache travailler mon produit. C'était vraiment une question de compréhension, de reconnaissance et de savoir faire, une question artistique. Depuis le départ, il était clair que je voulais faire ce style là, et que je voulais créer un univers autour de moi. Je n'ai jamais cessé de créer dans cet album. Au fur et à mesure que j'avançais et que je voyais que certains titres vieillissaient moins bien que d'autres, j'en faisais d'autres pour les remplacer. Ca n'a jamais été un problème de création.
Zaho
En quoi tes 18 années passées en Algérie ont-elles influencé ton album ?

Nous sommes tous le résultat de notre environnement, de notre culture. Ces 18 premières années ont été déterminantes pour moi, dans le sens culturel. Musicalement, il y a des sonorités orientales que l'on peut retrouver sur mon album "Dima". D'ailleurs, le titre "Dima" est un mot arabe. J'ai grandi dans un milieu très modeste où nous n'avions pas beaucoup de moyens, mais tout le monde autour de moi était comme ça. Ca a changé ma vision des choses. Je ne me plains pas, je me contente de ce que j'ai et je n'ai pas froid aux yeux. J'essaye d'aller de l'avant et je me dis que qui ne tente rien n'a rien. Je me suis mise dans ce mode là pour avancer.

Quels sont les souvenirs musicaux que tu en gardes ?
J'en garde de très divers. Cela va du folklore algérien, à la musique traditionnelle, en passant par Tracy Chapman, Sting, NTM ou IAM. Mais j'écoutais aussi Brandy, de la New Jack etc. C'était vraiment un mélange musical très divers. Comme nous n'avions pas trop les moyens d'acheter les K7, on se passait des petites compilations que nous enregistrions à la radio. On se retrouvait avec les même K7 que l'on se passait entre potes donc ça élargissait notre cercle musical et nos influences. Je peux dire que la musique que j'ai écoutée a déterminé de manière marquante ce que j'ai pu retranscrire dans ma musique.

ZahoEst-ce une difficulté de ne pas être cataloguée dans un style musical particulier ?
Tout le défi est là. Je suis quelqu'un qui aime bien les défis. J'ai été à l'université et je n'ai pas fait de la musique parce que je n'avais rien d'autre à faire. J'ai fait de la musique parce que c'est ma passion et que c'est ce qui me rendait vivante, heureuse et épanouie. J'aime les défis ! J'aurais très bien pu travailler de 9h à 17h dans un bureau pour être informaticienne, mais je ne l'ai pas fait. Tout le défi est là pour moi. Si j'ai fait ça, ce n'est pas pour reproduire quelque chose, mais parce qu'il y avait un besoin d'exister à travers ce qui sortait musicalement de moi au niveau de l'écriture ou des thèmes. J'avais besoin d'exprimer certaines choses d'une certaine manière. Je faisais ce qui me semblait juste et naturel selon le son ou la musique qui allait avec.

Tes chansons sont-elles autobiographiques ?
Il y a de tout. J'assume tout ce que j'écris, étant donné que c'est moi qui l'écrit. Ca peut être une vision de la vie comme dans le titre "La Roue tourne". Je ne suis pas quelqu'un qui va dépenser de l'énergie à me venger de quelque chose, même si parfois la vie fait en sorte que l'on se fait avoir. Je vais plutôt mettre de l'énergie à monter plus haut plutôt que de mettre des bâtons dans les roues des autres. "FTT" est quant à lui une mise en scène, un pur délire de meufs. Le morceau "Kif'n'dir" est autobiographique. Il raconte la veille de mon départ d'Algérie. Il y a un peu de tout, mais tout reste dans mon univers. Que ce soit vécu ou pas, ce sont des choses qui m'ont touchée.
Zaho
A-t-il été difficile de créer un buzz au Canada ?

Je n'ai rien essayé de créer au Canada. Je crois même qu'il y a pas mal de gens qui ne me connaissent pas car le milieu francophone est très réduit et qu'il y a très peu radios qui passent de la musique urbaine ou du hip hop, si ce n'est francophone.

La France était-elle ton objectif de départ ?
Non. En fait, la France a été la première à réagir à ce que j'écrivais. Je peux comprendre et concevoir cela étant donné que je suis algérienne et que j'ai grandi en Algérie. J'ai été influencée par les mêmes choses. Je suis plus proche de la culture française que je pouvais l'être à l'époque de la culture noire américaine. J'ai grandi avec les mêmes émissions de télé qu'un adolescent français parce qu'on avait toutes les chaines françaises. Je peux comprendre que ma musique puisse parler d'abord à un français et ensuite, par la force des choses, à un canadien.

Pourquoi avoir choisi de collaborer avec Tunisiano et Soprano?
Je voulais être sure que l'album soit à mon goût. Au départ, toutes les chansons était faites sans featuring. Par la suite, plus j'avançais, plus je rencontrais des gens et plus j'étais agréablement surprise par certains artistiquement. Quand on commence à connaitre d'autres artistes de manière personnelle, on commence à faire confiance aux autres. Comme c'était mon petit bébé, j'avais peur de confier cela aux autres et de perdre ce que j'appelais mon univers musical. Finalement, en connaissant mieux les artistes, je trouvais qu'il était très approprié de faire appel à Tunisiano pour "La Roue tourne". De plus, comme Soprano aimait beaucoup le morceau "Hey Papi" et étant donné qu'il chante aussi, ça me paraissait normal de faire appel à lui. Mais ce sont vraiment des petits clins d'oeil pour rafraichir et rehausser la chanson.

Emma PEEL
© S.M.N. 16 Juin 2008

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