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Par Emma PEEL
Pour Sounds of the Universe, nous avons vraiment tenté d'éviter les sentiers battus. La sortie d'un nouvel album de Depeche Mode est toujours un événement. Surtout qu'après presque trente ans de carrière, les Anglais parviennent encore à frapper un grand coup avec Sounds of the Universe, une de leurs plus belles réussites. A cette occasion, rencontre avec le chanteur Dave Gahan.
Peux-tu tout d'abord nous expliquer le titre de l'album, Sounds of the Universe ?
On aimait bien comment ça sonnait (rires). En fait, on ne décide jamais d'un titre d'album avant d'arriver presque à la fin du processus de création. On avait un tableau avec plusieurs titres potentiels marqués dessus, mais celui-ci s'est toujours détaché. Je vais certainement regretter de dire ça, mais c'est un titre qui fait très "Depeche Mode" (rires).
Et la pochette ?
Elle est très simple, très graphique et totalement différente de ce qu'on a pu faire avec l'album précédent, Playing the Angel, qui avait un cachet très manuel, presque puéril. Ici, c'est très organisé. Je pense que c'est aussi un reflet du groupe à ce moment précis. Pour cet album Martin et moi avons été plus concentrés que jamais, nous avions écrit beaucoup de chansons avant même de rentrer en studio, plus que pour n'importe quel autre album. La pochette est presque née d'un accident : après avoir écouté l'album, Anton Corbijn a eu cette idée de lâcher des crayons de couleurs par terre et ça a donné cette forme qui nous a tous plu. S'il devait y avoir un message, ce serait : il y a différentes couleurs dans cet album, certaines qui vont naturellement ensemble, d'autres qui seront rapprochées par la musique…
À propos d'Anton Corbijn, bien qu'il soit votre collaborateur visuel depuis longtemps, vous avez confié la réalisation du clip de Wrong à Patrick Daughters. Pourquoi ?
L'année dernière, quelqu'un m'a envoyé un lien YouTube vers le clip qu'il a réalisé pour Liars, Plaster Casts of Everything, que j'ai trouvé fantastique. J'ai ensuite découvert qu'il avait fait pas mal de vidéos pour les Yeah Yeah Yeahs, Kings of Leon, Beck, Feist, qui avaient toutes en commun de reposer sur une idée unique, avec un début et une fin, que l'artiste y participe ou pas n'étant d'ailleurs pas très important. J'ai aussi remarqué que toutes mettaient vraiment la chanson en valeur en captivant l'auditeur. Par exemple, les Liars sont sur le même label que nous – Mute –, mais je me suis rendu compte que je n'avais jamais réellement écouté leur musique jusqu'à ce que je voie le clip de Patrick. Le but premier d'un clip est d'enrichir une chanson en lui offrant un univers visuel fort, et nous voulions revenir à ça : choquer, marquer les esprits, provoquer l'imaginaire… Anton avait aussi eu une bonne idée, mais nous trouvions qu'elle ne correspondait pas à cette chanson en particulier ; ni même à cet album, pour lequel nous voulions introduire un vrai changement. Mais nous avons tout de même beaucoup travaillé avec Anton sur cet album, il a fait la pochette, nous avons fait beaucoup de photos et il s'occupera également de l'habillage visuel de la tournée.
Comment s'est fait le choix de Wrong comme premier single, d'ailleurs ?

C'était une décision unanime ! À vrai dire, il n'y a même pas eu de "décision", on ne s'est pas assis pour en discuter ou débattre, Wrong s'est juste imposée d'elle-même. C'était logique pour nous, c'était la meilleure façon de présenter notre travail sur cet album. Ce n'est pas la chanson la plus mélodique, ni la plus pop, celle qu'on verrait bien passer à la radio, mais de toute façon nous ne fonctionnons pas comme ça. Lorsqu'il nous est arrivé de suivre des conseils extérieurs, comme ceux de notre maison de disques, sur le choix d'un single, ça ne s'est jamais très bien passé (rires). Je pense que ça devrait toujours venir de l'artiste.
À l'écoute de l'album, on retrouve à la fois le son "classique" de Depeche Mode et des sonorités plus modernes, plus lourdes, proches de celles de l'album précédent. Avez-vous tenté de concilier ces deux aspects ?
Pour être honnête, ce n'est pas quelque chose que nous faisons consciemment : lorsqu'on travaille ensemble depuis aussi longtemps, c'est comme si on avait des routines imprimées au fond du cerveau. Mais pour Sounds of the Universe, nous avons vraiment tenté d'éviter les sentiers battus en nous autorisant des "accidents". Par exemple, il y a cette chanson, Liked – qui n'est pas sur l'album – sur laquelle on s'est pris la tête pendant des jours en studio.
À un moment, Martin s'est mis à jouer quelque chose sur un orgue Rhodes, Ben (Hillier, le producteur, NDLR) s'est mis au piano, j'ai attrapé une guitare et on a improvisé pendant cinq minutes une sorte de "bruit mélodique". Comme les micros tournaient, l'enregistrement nous a servi de base pour la chanson. C'était très excitant de se laisser porter par l'inspiration du moment plutôt que de rester obtus comme nous avons pu l'être par le passé, avec des idées trop arrêtées sur comment telle ou telle chanson devait sonner. J'ai l'impression que nous avons plus expérimenté sur cet album que sur les précédents, sans fixer de barrières à notre créativité, en se laissant simplement guider par les idées, en laissant les choses arriver…
Vous êtes également connu pour avoir beaucoup de remixes, qu'en sera-t-il sur Sounds of the Universe ? Avez-vous déjà des noms en tête ?
Il faut savoir que pour chaque album de Depeche Mode, il y a une cinquantaine de remixes qui sont réalisés. Certains d'entre eux sortiront, d'autres pas, parfois on ne sera pas satisfaits et on renverra le remixeur à sa copie (rires). Enfin, il y en a d'exceptionnellement bons. Sur ce nouvel album, par exemple, il y a le Six Toes remix de Jezebel, qui est plus une réinterprétation du morceau qu'un remix, un peu comme lorsque Goldfrapp avait apporté sa propre vision de Halo, par exemple. Après il y a les remixes plus "club", comme le font Thin White Duke, Trentemøller ou…

… Justice ?
Nous y avons pensé, figure-toi. J'aime bien Justice. Tous les copains de mon fils, qui a 16 ans, sont des gros fans de Justice donc je connais un peu grâce à eux. Rien n'est fixé, mais ce n'est pas exclu que vous entendiez un jour un remix de Depeche Mode par Justice.
Emma PEEL
Publié par S.M.N. Lundi 27 Avril 2009
http://www.myspace.com/emmashowmag