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Comment réaliser son rêve d'artiste en 2008 ?

Eric MONTANA Par Eric MONTANA

Comment réaliser son rêve d'artiste en 2008 ?Quand je discute avec certains artistes et que je leur dis que leur vie privée instable, ou leur manque de réflexion et de lucidité sur le monde qui les entoure ou bien encore  l’absence de repères moraux, de valeurs saines et solides, seront sans doute la cause du frein ou de l’échec de leur carrière,  ils ne me croient pas.

Ils préfèrent penser le contraire… car mon miroir s’attache à être réaliste.

Ils n'imaginent pas que ceux qui réussissent, ressemblent à des purs-sangs minutieusement préparés et coachés par des gens qui ont souvent une capacité de réflexion supérieure à la moyenne. Ils ne réalisent pas qu'il n'y a malheureusement plus des Jacques REVAUX, des Eddie BARCLAY, des Claude CARRERE*, des Henri BELOLO. Non.

Certains ne savent même pas qui ont été ces grands hommes de la musique... Ces hommes qui ont bâti des carrières d'artistes. Ces hommes qui étaient davantage des pygmalions que des opportunistes. Ces hommes que j'ai eu l'honneur de connaître et avec qui j'ai eu, avec d'autres, le privilège de travailler. Ces hommes exceptionnels qui ont fait de la musique une véritable industrie.

Aujourd'hui, à cause de cette ignorance, les imposteurs règnent. Les adeptes du profit rapide et immédiat qui s'auto-proclament "producteurs", utilisent les artistes comme des kleenex que l'on jette au moindre écart. Aujourd'hui c'est le dernier malin qui parle, qui a raison...

Naïfs et crédules, ces artistes préfèrent supposer que c’est l’échec de leur carrière qui ruinera leur vie privée. Ils préfèrent imaginer que le talent suffit pour réussir, car c'est ça qui les rassure. Quelle blague…

Comme dit souvent mon vieil ami Roberto ZANELI, compositeur de Jeanne MAS, d'Hélène SEGARA, de Ginette RENO, de Stéphanie de Monaco, de René et Nathalie SIMAR, de JP CAPDEVIELLE : "Ce ne sont pas les talents qui manquent mais les gens fiables et intègres."

Le savoir-faire n’est rien sans le savoir-ETRE.

J’ai beau donner des exemples, aligner les anecdotes, expliquer de différentes façons, des choses que j’ai vécues moi-même : le message passe difficilement. Et souvent, lorsque je termine une discussion, je me dis " Pourquoi n’ai-je pas réussi à lui faire comprendre l’essentiel ? Comment lui dire ? " Peut-on apporter de la lumière à quelqu'un qui refuse d'ouvrir les yeux et qui se fige dans son point de vue ?
Comment réaliser son rêve d'artiste en 2008 ?
Si il y avait une recette miracle pour accéder à la célébrité, cela se saurait. Ils attendent de moi des trucs et des astuces pour faire des tubes. Je n’en ai pas. Et je me sens comme un conférencier qui pérorerait sur la pauvreté devant des pauvres. 

Ils attendent qu’on apaise leurs angoisses existencielles, qu’on les fasse rêver, qu'on leur mente à la limite, qu’on leur dise qu’ils vont sans aucun doute possible réussir et réaliser leur rêve à coup sûr, respirer la célébrité...

Et pour ça, ils sont prêts à se jeter dans les bras du premier prétendu "producteur" qui prononcera les mots qu’ils veulent entendre… Plus dur sera le réveil !

Beaucoup sont persuadés d’être des talents uniques. Beaucoup croient qu’ils sont
incompris car ils sont rongés par le doute. Tous s’imaginent que, parce qu’ils écrivent quelques chansons, même médiocres, ou qu’ils ont une jolie voix, le succès doit être pour eux, un DROIT ABSOLU.

Ces artistes  ne veulent pas des conseils ou des avis désintéressés. Ils veulent de l’argent, des paillettes, une vie de rêve, le luxe et le plaisir, les plaisirs. Ils veulent être comme des papillons dans la lumière. Ils ne comprennent pas qu'ils doivent se préparer comme des athlètes pour les Jeux Olympiques... car la compétition est redoutable.

Ces artistes en devenir ne veulent pas penser, ils veulent qu'on pense à leur place. Ils refusent d'entendre des vérités qui dérangent leur confort intérieur ou leur ego. Ils veulent un contrat à n’importe quel prix. D’ailleurs, ils ne veulent même pas un contrat, ils veulent surtout des concerts et des disques qui passent à la radio.

Comment réaliser son rêve d'artiste en 2008 ?À ce moment enfin ils se sentiront "bien", disent-ils. A ce moment-là ils auront touché de près l’illusion du bonheur… croient-ils.

Ensuite, on les aimera moins car tout lasse et tout passe, et leurs disques ne seront plus diffusés,  mais ils se refusent à y croire.

Ils ont du mal à comprendre que dans une société où la sur-consommation représente l'ersatz du bonheur artificiel et puéril, ils ne seront eux-mêmes qu'un simple produit que l'on jettera au moindre échec, aux moindres invendus, car ce monde est sans pitié pour ceux qui échouent.

Ils ne veulent pas imaginer ce moment et ils se disent qu’ils verront bien quand ils en seront arrivés là.

Mais "là", c'est où ?

Tels des chevaux de labour avec des oeillères, ce qu’ils souhaitent majoritairement et tout ce qui compte, c’est que ça marche au moins 1 fois. L’échec étant ensuite moins douloureux, alors qu’il l'est en réalité… beaucoup plus.

Pourquoi tant de ces gens veulent-ils la célébrité ? 

Pourquoi certains sont-ils prêts à n’importe quelle contorsion, à n’importe quelle compromission, à n'importe quel renoncement, à n’importe quelle trahison pour "réaliser leur rêve" ?

Souvent, parce que seuls les autres peuvent leur donner une reconnaissance qu’ils ne s’octroient pas à eux-mêmes. Ils ne croient pas la mériter autrement. Ils croient exister à travers le regard des autres et uniquement.
Comment réaliser son rêve d'artiste en 2008 ?
Seuls les applaudissements couvrent la voix intérieure qui les détruit, le doute qui les ronge, le vide qui les appelle.

Ils devraient tous relire avec attention et méditer certaines fables de La Fontaine : "Tout flatteur vit au dépens de celui qui l'écoute..."

Peu à peu ils deviennent esclaves de l’admiration de ceux qu’au fond ils méprisent, parce qu’ils les aiment pour de mauvaises raisons et à condition qu’ils ne changent pas.

Dans la plupart des cas, "l’amour du public" est une méprise et l’idole une simple caricature: Carlos pour sa bonne humeur, Salvador pour son rire, Serge Lama pour Les p'tites femmes de Pigalle.

Ce n’est pas la personne, c’est la personna, ce n’est pas l’homme mais le chanteur, ou l’acteur. Ce n’est pas l’humain, c'est l'image, c’est le rêve.

Bien souvent, ce n’est même pas le présent, mais le passé.

Et la "star" en herbe doit vivre avec tout ça au quotidien, supporter cette sorte d’imposture, cette personne imaginaire qui n’existe pas mais à laquelle il faut à tout prix faire croire de jour en jour, et qui est en fait, devenue leur maître.

Quand je leur dis qu’il faut travailler à leur équilibre intérieur, quand je leur répète qu’il faut qu’ils soient fiables et prudents, quand je leur explique que le talent n’est que le carburant d’un moteur solide soigneusement préparé, c’est moi qu’ils prennent pour... un imposteur…

Et l'écho répond : Parle à mon ego car ma tête est malade...

Heureusement, il y a des artistes lucides capables de comprendre les choses par eux-mêmes. Organisés, méthodiques, appliqués et talentueux, ce sont ceux-là que l'on retrouve tôt ou tard "en haut de l'affiche."

Eric MONTANA
S.M.N. 2 Mai 2008

*Mr Claude CARRERE est encore présent dans l'industrie musicale, mais dans d'autres circuits. Je suis fier et heureux de participer à sa nouvelle aventure et je remercie son équipe pour le respect, l'amitié et la considération qui me sont témoignés. Merci Anthony, merci Julien.

Les artistes du label E.M.O. en téléchargement sur FNAC.COM
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