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1966 Le fils qui fait non
C’est Lucien Morisse, patron d’Europe 1, qui répère le jeune prodige. Il sort «La poupée qui fait non «, son premier album, en mai 1966, à 22 ans. Comme un hymne national, sa chanson passe dix fois par jour sur les trois radios de l'époque. 200 000 exemplaires vendus en deux mois et disque d'or. Pour ce fils de musicien, c'est un bon moyen de fuir le paternel, Léo Poll, compositeur d'origine russe qui a écrit pour Piaf et Jean Sablon, et décidé que le petit serait un virtuose classique. Michel refuse cette aliénation. Dorénavant, plus personne ne lui imposera quoi que ce soit. Les tubes s'enchaînent; «L’amour avec toi , Le bal des Laze, Sous quelle étoile suis-je né?, Love me, Please, Love me….».

1970 Le look qui déchaîne les rumeurs
Déjà connu pour ses tenues très excentriques, Polnareff franchit un pas de plus en 1970 en adoptant un look androgyne qui va bientôt devenir légendaire; lunettes blanches surdimensionnées aux verres sombres pour cacher un regard myope et disgracieux, crinière crépue blonde décolorée et vestes d’épaisse fourrure. Les rumeurs vont bon train … Polnareff est-il homosexuel? Il répond: «Non, je n’ai jamais été homosexuel, si je l’avais été, je l’aurais revendiqué .». Et il ne quittera plus ce look. On le constate le 12 mai 2006 lorsqu'il apparaît dans un journal de Claire Chazal en duplex depuis la Californie pour annoncer son retour sur scène en France. Lunettes blanches, crinière blonde, toujours. La mégalomanie et le sens de la mise en scène tout autant: Polnareff débute l'interview dos à la caméra. Une nouveauté tout de même: sa musculature. A 62 ans, l'agitateur s'adonne au body-building!
1972 L'affiche par laquelle le scandale arrive
Pour promouvoir son spectacle Polnarévolution, à l'Olympia, Polnareff pose les fesses à l'air: 6 000 affiches s'étalent sur les murs de Paris! Il veut, à travers ce geste provocateur, détruire l'image de jeune virtuose qui lui colle à la peau. Le scandale éclate aussitôt. Un tollé dont l'intéressé se dit encore aujourd'hui très heureux: «Dans certains pays, on connaît mieux mon cul que ma musique. A travers cette expérience, j’allais découvrir un secret; les femmes regardent les fesses des mecs exactement comme les mecs regardent celles des femmes». Un constat coûteux puisque cette petite fantaisie photographique lui vaudra une amende de 120 000 francs de l’époque pour attentat à la pudeur. Le cadet de ses soucis puisque, avec son tube «On ira tous au paradis», le spectacle de 1972 est un triomphe … Un de plus.

1973 L'immense douleur de la fuite
Michel Polnareff perd sa mère cette année-là. Le chanteur sombre dans la dépression, au point d'être admis dans un établissement psychiatrique de l'ouest parisien. Une fragilité dont profite son homme de confiance qui vide ses comptes en banque. Ruiné, poursuivi par le fisc français à qui il doit 5 millions de francs, il doit fuir. Il rejoint les Etats-Unis. Il reviendra en Europe deux ans plus tard pour un concert géant au Forest national de Bruxelles, sa dernière apparition publique. Mais il ne peut pas pour autant rentrer en France à cause de ses problèmes d’impôts. Il a le mal du pays. En 1977, il sort «Lettre à France», une magnifique chanson qui exprime toute sa tristesse d’avoir dû s’exiler, il s’en explique: «En 1977, j’ai envie de revenir à Paris, lavé de tout soupçon (…). L’administration m’oppose son énorme force d’inertie (…). Le public m’a fait savoir qu’il me regrette, je lui réponds par le biais de cette missive musicale.» Un succès.
1989 La vie au palace
Après un interminable silence, le chanteur tente un retour en chansons. Pour retrouver, l’inspiration, ses problèmes d’impôts réglés, il s’enferme plus de huit cent jours dans une chambre de l’hôtel Royal-Monceau, un palace près des Champs Elysées, à Paris. Michel Polnareff se souvient: «Vivre à l’hôtel est aussi formidable qu’étrange. Rien n’est vraiment à soi. C’est pratique, mais c’est en même temps un viol permanent. Ravi de mon nouveau logis, je décide d’y enregistrer mon premier album pour Sony Music.»C'est ainsi que, chaque nuit, entre 2 heures et 7 heures du matin, le plus mystérieux de nos chanteurs investit le bar de l'hôtel et compose. Il carbure à la vodka et réclame un studio d'enregistrement mobile. On cède à tous ses caprices .. Il grossit énormément, porte une barbe de druide et sombre peu à peu dans la paranoïa. Après moult péripéties, son album intitulé «Kama-Sutra» sort finalement en 1990, et c’est de nouveau un énorme succès; 800 000 exemplaires vendus avec un hit à la clé.
«Goodbye Marylou» ….
2004 La miraculeuse résurrection !
Depuis Los Angeles, Michel Polnareff, 60 ans, s’affiche dans une forme éblouissante. Bronzé, musclé, il a trouvé l’amour auprès de Daniella, de quarante ans sa cadette … C’est cette même année qu’il publie son autobiographie, Polnareff par Polnareff. On y apprend qu'enfant Michel, handicapé par sa très forte myopie et ses yeux ultra-fragiles, avait très peur de devenir aveugle. Il revient sur ce père impitoyable qui lui refusait tout et qui le frappait quand il n'était pas premier en tout. Même s'il ne délivre pas de scoops révolutionnaires, pour la première fois, il se livre. C'est déjà l'avant-goût d'une sérénité tant recherchée . Mais la clé de voûte de ce nouveau bonheur, le sien autant que le nôtre, c'est son retour sur scène enfin annoncé. Personne n'ose encore y croire. En 2007: Polnareff sera sur scène, en France, après plus de trente ans d'absence! Ce sera à Bercy du 2 mars au 14 mars –la date a été prolongée au vu de la demande-, et même au fil d'une tournée qui le conduira partout dans l'Hexagone, ce pays qui lui a tant manqué. Polnareff qui a vendu 30 millions d'albums en quarante ans de carrière, ne peut plus cette fois nous faire faux bond. La France entière guette le retour de l'enfant prodige..